L’Etat et le bonheur : “Réflexions sur le bonheur et l’attitude positive” par Mohammed Bin Rashid Al Maktoum.

Publié par Salah Ben Chaouacha le

“Réflexions sur le bonheur et l’attitude positive” par Mohammed Bin Rashid Al Maktoum : prétextes à une perspective sur les réseaux et les médias sociaux dans le monde arabe.

 

Avertissement sémantique : J’utiliserais le mot “société” à la place du mot “culture”, ce dernier que je trouve inutilement stigmatisant et qui ignore les rapports et les mouvements historiques. Assez paradoxalement aussi, on associe les mots fondamentalement opposés “culture” et “nature” pour parler d’un peuple (sans vraiment en définir les contours), et souvent en l’enfermant dans des pratiques qui n’honorent pas la pensée universelle d’une certaine manière. 

 

 

Dans “Reflexions on Happiness & Positivity” (que je traduirais par “Réflexions sur le bonheur et l’attitude positive”, disponible sous le titre de “Réflexions sur le bonheur et la pensée positive” à la Fnac), l’émir de Dubaï revient, dans une longue réflexion, sur la problématique du bonheur dans les sociétés, ainsi que du rôle de l’Etat, des institutions et des décideurs publiques et politiques. 

Comme cela est rappelé dans son ouvrage, de Ibn Khaldun au 15ème siècle, aux standard de mesure du bonheur fortement souhaité par les Nations Unies, en passant par la déclaration d’indépendance des Etats-Unis garantissant à chacun la poursuite du bonheur comme un droit, le bonheur ne doit pas être une abstraction prisonnière de la seule pensée, mais bien un objectif qui peut être rationalisé, mesuré et intégré dans des objectifs politiques et sociaux.

 

 

Les réseaux sociaux dans le monde arabe, un accélérateur de malheur ? 

 

C’est en lisant Reflexions on Hapiness & Positivity” de Mohammed Bin Rashid Al Maktoum que m’est venu la petite idée de ce billet d’humeur sur la place des réseaux sociaux dans le monde Arabe. Alors bien évidemment, il n’existe pas, ce fameux monde arabe, en tant que bloc, du Maghreb au Moyen-Orient. La Tunisie n’a pas les moeurs de la Libye (pourtant pays frontaliers) et les Emirats Arabes Unis n’ont pas d’éléments de comparaison avec leurs voisins Saoudiens, et depuis plusieurs années la capitale culturelle a déménagé du Caire pour s’installer (durablement ?) au Liban.

 

Ce qui est d’autant plus intéressant avec cette lecture, c’est les visions différentes, quand il s’agit de prospective et de croissance – pas nécessairement économique, surtout dans le contexte actuel – dans le monde Arabe. Celle du patron de Dubaï sera plus ouverte sur le monde, alors qu’au Maghreb, Algérie et Tunisie essentiellement, les récentes “révolutions” politiques et sociales mettent en avant la recherche d’un nouveau modèle “pour et en soi”, moyens et différences de perception obligent. La jeunesse est évidemment au centre des préoccupations des politiques, parce que la jeunesse reste un levier mais aussi une jauge. Et cette jeunesse est très active sur les réseaux sociaux, exhibant – le plus souvent – ses frustrations, comme ses fiertés. 

Les médias arabes, canaux privilégiés du pessimisme ?

Le premier passage à ce sujet prend pour base de réflexion un rapport de 2015 (World Hapiness Report) sur l’état du bonheur à travers le monde. Le premier constat est frappant, c’est dans le monde arabe que le taux de dépression et de pessimisme sont parmi les plus élevés. On peut bien évidemment questionner la méthodologie ou le principe même de mesure d’un état mental. Mohammed Bin Rashid Al Maktoum fait référence aux chiffres de 2016, et heureusement cela a évolué depuis, et dans le bon sens si l’on prend en compte les mises à jour liées à ce sujet : (voir la carte World Hapiness Report sur Wikipédia). L’observation permet en effet de corréler le constat : des rues de la capitale et du Sahel Tunisien, en passant par le Maroc, l’Algérie et les pays du Golfe, un espoir avec une tendance concrète se font sentir. Cette observation dans la société même, mais aussi sur les réseaux sociaux, principalement sur Facebook et Twitter où la jeunesse et la société civile ne s’empêche nullement la critique de l’état de leurs société. 

 

 


Hors Cujet | En Arabe dialectal 

 

Les médias ne sont pas en reste. Quand ils ne sont pas, par obligation politique dans les pays où la démocratie fait défaut, soumis au relai du programme de l’homme ou du parti en place, ils se font le plus souvent l’écho des inquiétudes et des difficultés que vivent le pays. On peut dire que ce constat est universel : on vend plus de papiers avec du grave et du sensationnel. Mais dans les rues Arabes, cela appuie un sentiment déjà pesant en soi. 

 

Contre exemple heureux du pessimisme ambiant – et dans un moment crucial – : La crise du coronavirus qui remettra légèrement en question cette envie de sensationnalisme, les internautes se montrant fiers des accomplissements dans leurs pays (les avancées technologiques en oeuvre en Tunisie et aux Emirats Arabes Unis en sont les exemples qui génèrent le plus d’interactions).

 

Des elements de réponses ?

 

Il apparaît, dans une lecture purement personnelle de “Réflexions sur le bonheur et l’attitude positive” par Mohammed Bin Rashid Al Maktoum , trois éléments de réponses dans la représentation médiatique :

  • Se rappeler qu’une société se construit sur un état d’esprit, et ne se satisfait pas seulement de constructions. Ce qui fait le succès des Emirats Arabes Unis au passage. Le monde Arabe peut se donner les moyens de ses ambitions, si l’esprit se dégage des biais mentaux négatifs, en tout cas des plus paralysants.
  • Les leaders arabes doivent montrer l’exemple par leur optimisme, et servir d’exemples positifs. Ils ne sont pas seulement de pures exécutants ou des technocrates motivés par des objectifs chiffrés, ou bien même des communicants en situation de crise. Ils doivent dégager avant l’esprit de leur engagement, dans une forme apaisée sans s’interdire l’ambition.
  • Le travail et l’effort. La chance n’est pas seulement un facteur parmi d’autres selon l’auteur. La chance doit être considérée comme une option favorable, pas comme une nécessité a priori. Ce facteur chance doit bien évidemment être mis en perspective, dans la conscience de l’Émir.

 

Reflections on Hapiness & Positivity

Par Mohammed Bin Rashid Al Maktoum

Explorer Publishing & Distribution

ISBN : 978-1-78596-041-3

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