Coronavirus et culture Zombie, la difficile appropriation

Publié par Salah Ben Chaouacha le

Dans ce contexte de crise sanitaire, la culture Zombie s’est vue entachée par des clichés faciles, entretenus par des mythes autour de la guerre civiles et des pandémies qui diviseraient le monde entre les infectés et ceux qui tentent de les échapper, les “morts” qui entretiennent le mystère avec l’au delà et ceux qui sont en fuite permanente, les “porteurs” dont le destin échappe à toute empathie …

 

Source : Wikimedia

La pandémie de coronavirus semble être un accélérateur de la consommation de la culture zombie, notamment via les plateformes de streaming. Walking dead, série très critiquée pour ses dernière saisons et qui a connu une baisse d’audience en conséquence s’est vu catapulté en 2ème série la plus populaire en France sur Netflix cette semaine. Le nombre d’article à ce sujet sont nombreux et les comparaisons souvent sensationnelles. Les survivalistes se pensent au dessus de la mêlée et les ventes d’arme augmentent aux Etats Unis. L’humanité se prépare t-elle au pire ? 

Tentons de cerner ce phénomène d’appropriation – assez ridicule -, et ce que nous dit réellement la culture zombie.

 

Les œuvres marquantes pour mieux comprendre la consommation de l’angoisse 

 

Revenons sur les mythes déformés dans leur compréhension à travers trois principales oeuvres : Celle de Georges Romero, Walking Dead et Dernier train pour Busan. Pourquoi ces trois oeuvres ? Parce qu’elles révèlent l’absurdité du monde quand celui-ci fait face au chaos, et aussi, parce qu’elles remettent en question nos comportements en tant qu’humain à un moment où la crise devient un excellent révélateur de ce que l’homme a de moins glorieux.

Que nous apprennent ces oeuvres sur nous mêmes ?

George Romero et l’absurdité du consumérisme. 

Georges Romero est le réalisateur américain considéré comme l’inventeur de la culture zombie. À travers ses oeuvres, Romero voulait délivrer des messages politiques.

On y trouvait déjà la question raciale par exemple, mais aussi et surtout la critique du consumérisme, dans sa forme contemporaine, qui était au coeur de ses films.

L’image la plus symbolique dans son oeuvre est celle d’un zombie agrippant son caddie, comme si faire ses courses et déambuler dans un centre commercial était un comportement médiocre inscrit dans nos réflexes, une sorte de marqueur de l’abrutissement à grande échelle dans la société humaine.

Romero utilisait la figure du zombie pour mieux s’accaparer le petit en chacun. Non que consommer est un acte médiocre (cela n’a aucun sens que de penser cela), mais la manière, la forme, celle de la masse entraînée par la masse dans un objectif qui nie celui de l’essentiel.

Source : Wikimedia

Walking Dead et la menace de l’homme par l’homme. 

Walking Dead a été très critiqué par georges Romero, le réalisateur emblématique y voyant une franchise hollywoodienne sans fond. Pourtant Robert Kirkman ainsi que les réalisateurs portent un profond respect pour le réalisateur décédé en 2017. Comme le rappelle  Abdel Aouacheria – Biologiste chargé de recherches au CNRS et spécialiste de la vie et de la mort des cellules – dans une tribune : “Pour le père des zombies modernes, ce qui est important c’est la manière dont les gens réagissent à la catastrophe, et non la menace elle-même.” Et Walking Dead a su mettre en avant cet aspect, peut être même, d’une certaine manière, de façon plus poussée que Romero.

Comme on l’observe au fil des saisons, les zombies deviennent même des personnages secondaires, en second plan mais prétextes, trébuchants mais toujours en fond fixe. Qu’on ne s’y trompe pas : le monstre, c’est l’homme.

Dernier train pour Busan : une certaine conception du hero ?

Difficile de parler du film Coréen sans spoiler, mais l’exercice sera ici obligatoire (pourquoi gâcher le plaisir de découvrir une oeuvre surtout en période de confinement obligatoire). 

Le fait est que ce film, d’une qualité cinématographique certaine, mais avec une dimension politique ou sociale peut être moins mise en avant, a la particularité de mettre en perspective l’État et la puissance de l’Etat, contrairement au chaos et à la mise à mort des structures institutionnelles publiques que l’on trouve dans une grande partie des oeuvres traitant des zombies.

Être humain, c’est faire société.

Bien avant le coronavirus, des inquiétudes poussant à des comportements antisociaux dans des contextes de crises majeures apparaissent déjà. On le trouve par exemple chez certains survivalistes pour qui le credo est “moi avant les autres”. La culture Zombie aura peut être exacerbé cela à une échelle infinitésimale, mais si elle y a contribué, cela est souvent dû au fait que le message n’a pas du tout été saisie.

Dans leurs majorités, ces œuvres ont été créées pour nous rappeler qu’être humain, c’est avant tout faire corps, l’homme dans un corps d’hommeS, non dans un groupe restreint ou d’intérêt, mais avec tous nos semblables, pour le meilleur, mais avec le pire.

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